Sombrons joyeusement dans l’alcoolisme

Posté le 31. jan, 2009 par Groumph dans Blog

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N’écoute pas, jamais, sous aucun prétexte, les méprisables qui bossent dans la « prévention. » Boire, c’est bien. Boire du bon, c’est mieux. Boire du bon pas raisonnablement du tout, c’est formidable. Et devenir alcoolique, c’est très agréable. Je t’explique.

Tu le sais, lecteur ami cher à mon cœur, Frère Humain dont rien ne me sépare, les Maîtresses d’Ecole qui nous gouvernent et qui écrivent nos journaux trouvent que la picole, c’est mal. Elles nous le répètent assez. Évidemment, elles ont tort, comme à chaque fois qu’elles causent de choses auxquelles elles connaissent que dalle. Je vais t’expliquer, moi, à quoi ça sert le pinard, et pourquoi il est chouette, et désirable, et compréhensible, de s’en asperger les organes internes plus souvent et à plus forte dose que ne le voudrait un psychologue ou une infirmière.

D’abord, l’alcool est en général agréable à boire. Ça a bon goût, c’est plein d’arômes qu’on ne trouve pas dans le tofu ou l’aloe vera. On ne peut pas en dire autant de choses considérées comme bonnes pour notre santé et qui sont parfaitement dégueulasses. Tente donc un peu de médecine traditionnelle chinoise pour voir, genre bouillon à base de caillasses et d’algues séchées, tu verras si je déconne. Je connais, j’ai testé, il paraît que ça aide à conserver ses problèmes de comportement sous contrôle. La virginité délicate de mon casier judiciaire démontre que c’est assez efficace, et mes souvenirs gastronomiques attestent que le remède ingurgité est si infâme qu’il n’existe pas de mots simples en français pour le décrire.

Ensuite, il n’y a pas de meilleur lubrifiant social. Sur dix personnes croisées lors d’une journée ordinaire, on arrive en moyenne à quatre putes, trois saligauds et trois losers. On ne peut pas tuer tous ces gens-là, tu le sais. Mais avec pas mal de houblon ou de jus de raisin, c’est dingue comme leur compagnie devient moins pénible. C’est que ça fait causer et s’ouvrir aux autres, la vinasse, et c’est bienvenu dans une société de coincés où personne n’ose jamais ouvrir sa gueule quand il faudrait. Picoler, c’est renouer avec son Moi Profond, comme on dit chez les folles du bouddhisme allégé spécial bourgeois.

Troisièmement, même si on admet que l’alcool c’est mal et que ça transforme en chiffe répugnante, ça a ses avantages certains, en plus de ceux mentionnés plus haut, c’est clair. Partons du principe que nous allons mourir « avant l’âge » à force de trop boire. Question : est-ce qu’on a envie de vivre vieux, je te le demande ? Si tu réponds oui, tu as mal regardé le monde où tu vivote, ou alors quelqu’un a étalé du guano sur tes lentilles. La picole, ça permet de brouiller un peu cette réalité dégoutante, ça rend notre agonie un peu plus baroque, ça fait voir de la beauté et de la poésie où il n’y a que bitume et poubelles éventrées.

Eh bien, des lyriques qui boivent de la Badoit, ils finissent tôt ou tard par jouer de la guitare dans une paroisse. Ils vivent vieux et ils s’ennuient. Je ne sais pas pour toi, mais perso j’estime me faire largement assez chier comme ça en étant encore vigousse. Pas question de prolonger le cirque au-delà de l’âge où on peut bander sans pilule et manger gras sans finir à l’hosto pour cause de veines bouchées.

Quatrièmement et dernièrement, les experts qui nous veulent du bien n’ont rien à foutre du sens ou de la noblesse de notre existence. Que tu t’imagines pas que ces gens sont réellement soucieux de ton bien-être. Nous ne sommes que des ressources humaines, de la chair à usine, des machines qu’il faut entretenir pour qu’elles produisent et consomment le plus longtemps possible. Tout s’arrête à ça : on doit rester en bonne santé pour le bien de notre patron et du supermarché le plus proche. Et aussi pour ne pas coûter trop cher à l’Etat et aux assurances.

Pas fumer, pas boire, manger cinqfruitsetlégumesparjour, c’est uniquement pour faire plaisir à tous ces gens-là, qui vont te restructurer, te délocaliser, te chomagetechniser dès que tu seras plus en état de te goinfrer à crédit ou de faire des heures sup’. Envie d’être arrangeant avec les charognards ? T’as qu’à suivre leurs bons conseils de modération, gars. Mais t’attends pas à une médaille du mérite. Les bêtes de course qui se cassent une patte, la règle c’est plutôt de leur foutre une balle dans le crâne.

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4 Responses à “Sombrons joyeusement dans l’alcoolisme”

  1. jpierre dit :

    Bonjour mister Groumph !
    Personnellement je trouve votre analyse assez recevable dans ce monde fracassé par la bêtise.
    Je pense que nous nous trouvons assez souvent dans une situation de salle d’attente, un peu comme dans un hall d’airport, les bagages sont enregistrés et voila on attend notre heure d’embarquement.
    Que cela soit l’heure de notre mort, de nos vacances, d’aller au boulot etc. On est là, bras ballant à mater en coin ce que font nos voisins, voisines, amis ennemis, re etc.
    Alors le bar ça aide un peu, un bon endroit pour causer, pour partager aussi, pour briser le silence de celles ou ceux que leur future destination affectionnent.
    Avec modération c’est mieux, je le pense vraiment, sans modération cela dénote plutôt un besoin urgent de vaincre des tas de problèmes.
    Le vin est définitivement un ami de l’homme( de la femme idem of course), de son âme, de son imaginaire, de la splendeur de l’univers, si grand si vaste, ah on est bien peu de chose ici bas nous autres, si si !!?
    Alors cher Groumph, c’est amicalement que je lève mon verre à ta santé, à la santé de ta jovialité et aussi de ta compréhension assez juste de la nature humaine et pas assez souvent surhumaine à mon humble avis.
    Bonum vinum laetificat cor hominis : le bon vin réjouit le cœur de l’homme.
    Jpierre

  2. Bluerabbit dit :

    Bon, alors c’est pas pour jouer les démagos, mais ayant eû l’occasion de croiser qqs alcooliques au cours de mon existance (voisins, amis, mon géniteur…), je ne peux raisonnablemnt pas être parfaitement synchro avec toi sur le sujet.
    Pourtant qu’est-ce-que j’aime ta prose et la pertinance du propos. Et oui, ils nous cassent les couilles à vouloir « prendre soin » de nous.
    Alors même si je ne suis pas pro-trois grammes cinq dès 8 h du mat, un bon 9/10 pour ce très rafraichissant papier, avec une mention spéciale pour le « quatrièmement » qui est d’une lucidité jouissive.

  3. Groumph dit :

    @ Jpierre : à la bonne vôtre également. Mon apéro de ce soir vous est dédié (ou spécialcacedédité, comme on dit chez les djeunzes).

    @ Rongeur bleu : ai-je dit que l’alcoolisme terminal était sexy ? J’ai dit que SOMBRER était plaisant. Seul m’importe le plaisir de la chute, me contrefoutant exemplairement de l’atterissage. Merci pour la bonne note et la prise de recul par rapport à un passé familial qui semble lourd. Et puis santé aussi, tiens.

  4. Bluerabbit dit :

    :D Hé, c’est pas comme si j’avais jamais vomi de ma vie ! :D

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